«Mon professeur de musique, un virtuose au piano, m’était presque plus proche que mon papa, jusqu’au jour où il a abusé de moi.» Amélie*, 12 ans

Ce n’est définitivement pas du grand inconnu avec le Sugus dans les poches dont nos enfants et petits-enfants doivent le plus se méfier. Lorsque des enfants sont victimes d’abus sexuels, l’auteur des faits se trouve le plus souvent dans la famille ou dans le cercle des connaissances. Ce fut le cas pour Amélie, qui a raconté en pleurant l’histoire ci-après à l’une de nos conseillères:

Amélie habite avec ses parents dans le canton du Valais. Depuis toute petite, Amélie a des amis dans le milieu du chant et de la musique. Et parce que son père est musicien amateur, la petite Amélie a vite émis le souhait de faire comme son papa.

Dès les premières leçons de piano, il s’est avéré qu’Amélie avait beaucoup de talent. Elle n’était pas seulement douée sur le plan de la musicalité, de l’habileté avec ses doigts et de la coordination, elle était aussi très ambitieuse et assidue. Pas étonnant qu’elle ait intégré très rapidement l’orchestre de la jeunesse. C’est ainsi qu’elle a été prise sous l’aile de Pierre, un pianiste de concerts et chef d’orchestre connu, avec lequel le père d’Amélie était ami.

Les répétitions étaient intensives et fréquentes. Trois fois par semaine, Amélie faisait des répétitions ou se produisait avec l’orchestre. Et deux après-midis, elle prenait des cours particuliers chez Pierre. Ce dernier était devenu pour la jeune musicienne ambitieuse une personne très proche. La jeune fille le vénérait et voulait le charmer par son talent.

Pierre en a profité, un jour, sans aucune honte. Par un après-midi d’été, alors qu’Amélie prenait un cours de piano chez lui, Pierre a posé sa main de façon très inattendue sur le genou nu d’Amélie. Puis il l’a fait glisser lentement sous sa petite robe d’été. Du haut de ses 12 ans, Amélie était totalement livrée à lui lorsqu’il lui imposa de le satisfaire. Choquée et comme en transe, elle fi t ce qu’il lui ordonnait.

Ce jour-là, le monde s’est écroulé pour Amélie. Cet homme, qui était tellement important pour elle depuis tant d’années, l’avait transformée soudain en un monstre. Des jours après l’abus, et longtemps après, à la maison, Amélie ne s’est plus jamais remise de son choc. Elle se sentait salle, dégoûtée et très, très seule. Elle n’osa pas en parler à ses parents parce que son père ne jurait que par Pierre. Si bien qu’Amélie, à un moment, ne voulait plus qu’une chose: mourir.

Il a fallu beaucoup d’empathie pour que notre conseillère, au téléphone d’urgence, puisse dissuader Amélie, complètement désemparée, de se suicider. Et il faudra encore beaucoup de temps pour qu’Amélie digère cette horrible expérience. Mais une chose est certaine, c’est que sa carrière de pianiste de concerts, à laquelle elle allait accéder rapidement, a pris brutalement fin cet après-midi d’été.

L’histoire d’Amélie n’est malheureusement pas unique. Nous sommes là chaque jour pour près de 400 enfants et jeunes par téléphone, SMS, chat, courriel et Internet. Mais nous n’oublions jamais que cette aide d’urgence n’est possible que grâce au généreux soutien de donatrices et donateurs comme vous. Grâce à vous, notre équipe peut être là 24 heures sur 24 et toute l’année pour des enfants désespérés.

* Tous les exemples de conseils ont été anonymisés. Afin de garantir la confidentialité, les entretiens sont distanciés. Tous les détails ont été rajoutés pour qu’aucun enfant ne puisse se reconnaître. On a utilisé une image symbolique.

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