« Le burnout parental est un stress pour toute la famille. »

Interview avec Dre Anne-Emmanuelle Ambresin, Médecin cheffe de Département interdisciplinaire de la santé de l’adolescent du CHUV, Lausanne.
Dr Anne-Emmanuelle Ambresin, Chefärtzin der Disa

Un parent qui est en burn-out, c’est un enfant qui va mal ?  

Les parents ont une grande influence sur leurs enfants, leur état de santé va donc également avoir un impact sur eux. Le burnout parental est un stress pour toute la famille et représente l’une des causes pour lesquelles l’enfant peut ne pas aller bien. L’enfant ne va pas se plaindre ainsi : « je vais mal parce qu’un de mes parents est en burn-out ». Ce sont différentes plaintes physiques ou psychiques que nous allons constater dans un tel contexte de stress.  

Quels sont justement les symptômes qu’on va retrouver chez l’enfant ?

A la DISA (division interdisciplinaire de santé des adolescents du CHUV), nous traitons des jeunes entre 12 et 20 ans. L’adolescence est déjà une période de stress physiologique pour les jeunes. Vous ajoutez à cela le stress professionnel du parent ou un parent partiellement ou totalement absent psychiquement en raison d’un burn-out, l’adolescent peut réagir de différentes manières. Soit il prend la fonction du parent et porte la charge mentale de faire fonctionner les choses à la maison, soit il/elle va manifester son stress au travers de symptômes physiques ou psychiques en lien avec l’excès de stress que cette situation créée. On peut faire face à des cas de jeunes qui sont déprimés, ont des résultats scolaires en baisse, ils/elles ne vont plus à l’école, peuvent développer des comportements de fuite tels que des conduites addictives, il peut y avoir un arrêt d’un sport, une baisse de motivation à faire des activités, ils/elles peuvent se mettent en danger. Tous ces symptômes sont à comprendre dans leur contexte de survenue, dans le cas d’un burnout parental il est important d’explorer l’impact que l’état du parent a sur l’adolescent.

Tous ces symptômes sont à comprendre dans leur contexte de survenue, dans le cas d’un burnout parental il est important d’explorer l’impact que l’état du parent a sur l’adolescent.
Dre Anne-Emmanuelle Ambresin

Est-ce que le burn-out parental est quelque chose de nouveau ?

Il y a 15 ans en arrière, ça n’était pas une plainte dans notre clinique. Actuellement, beaucoup de parents viennent consulter avec leurs ados et ils rapportent être eux-mêmes en arrêt maladie. On fait face à un phénomène sociétal d’augmentation du stress en lien avec l’omniprésence du numérique, un rythme au travail plus soutenu, des attentes élevés de productivité et d’efficacité. C’est un système qui ne fait que de s’accélérer. Pour les parents, se rajoute la charge mentale d’élever des enfants dans une telle société. Les attentes sur les parents sont également très élevées augmentant encore la pression et le stress de ces derniers. Le moindre stresseur supplémentaire tel que des difficultés au travail, un problème avec un enfant, une maladie personnelle va engendrer un surplus de stress qui peut faire basculer un équilibre déjà précaire. Dans ce contexte, une impression d’être surchargé et sous l’eau est fréquente. Les parents portent beaucoup et n’ont dès lors plus les ressources pour répondre aux besoins de leur enfant en temps, en disponibilité tout deux importants pour l’éducation.  

Quel est l’impact sur la relation à l’enfant ?

Une surcharge chronique parental va avoir des répercussions sur le temps et la disponibilité offerte à ses enfants. Dans ce contexte la non-disponibilité peut se manifester par un manque de cadre pour l’enfant par exemple. Le cadre éducatif, c’est la base pour les 0-18 ans. Afin de grandir dans des conditions optimales, les enfants ont besoin d’un cadre soutenant, clair et bienveillant. Cela signifie être présent et appliquer une éducation avec fermeté et bienveillance tout en évitant l’autoritarisme. L’adolescence est un stress, un moment de turbulence pour toute la famille. Pour se construire, l’adolescent∙e va s’inspirer en partie des figures adultes qui représentent des rôles modèles. Parfois, les adultes ne sont pas des rôles modèles. Un parent épuisé n’a pas toujours les ressources pour offrir ce rôle modèle. Devant l’épuisement et le stress l’adulte peut également développer des comportements compensatoires, comme de boire ou une surconsommation d’écrans. Le parent épuisé n’arrive plus à s’investir dans le lien avec son enfant, parfois cet épuisement peut se traduire par des violences physiques ou verbales.  

Un père ou une mère en plein burn-out parental rejette parfois le lien avec son enfant. Ne s’investit plus dans la relation. Que faire pour restaurer le lien ?  

Le parent épuisé a besoin de se reconnecter à lui-même avant de pouvoir se remettre en lien avec ses enfants. Pour cela il est déjà très important d’identifier l’épuisement afin de pouvoir chercher de l’aide. Sortir d’un discours culpabilisant est essentiel tout en assumant sa responsabilité d’adulte de se prendre en charge pour le bien de ses enfants. Le parent épuisé peut faire appel à son médecin généraliste, à un psychologue ou à une personne ressource. Ensuite, le parent peut expliquer à l’adolescent. On ne va pas tout lui raconter, différencier les raisons du contenu. On peut lui dire : « Maman ou papa vit un moment difficile. Je me rends compte que je ne suis pas disponible pour toi ces temps. Je ne suis pas bien, mais j’ai demandé de l’aide et vais être soigné ». Cela évite que l’enfant ressente un malaise, culpabilise et se parentifie pour palier à la situation difficile. Mettre des mots adaptés à l’âge de son enfant est important. Enfin retrouver du temps de qualité, des petits moments où on est réellement présent : faire du sport ensemble, aller au cinéma, jouer à un jeu, même rouler en voiture avec son adolescent, un moment où on arrive à marquer une présence.  

Peut-on déléguer le rôle modèle ?  

Oui, c’est important. Plusieurs adultes dans l’entourage vont pouvoir compenser cette absence momentanée ou permanente de rôle modèle et être présent, ça peut être le parrain ou la marraine de l’enfant, les grands-parents, un ou une meilleure ami.e, un médecin ou autre professionnel de la santé, un.e enseignant.e. Comme lorsqu’on se casse une jambe et qu’on ne peut plus aller faire les courses, on demande que quelqu’un le fasse momentanément à notre place. Là, ça ne se voit pas comme une jambe cassée, mais on trouve aussi un moyen de prendre soin de son adolescent en déléguant sa prise en charge.  

En tant que parent, c’est aussi une force de reconnaître ses faiblesses. Des parents appellent par exemple, la protection de la jeunesse pour demander de l’aide et reconnaissent qu’ils ne vont pas y arriver. C’est une marque d’humilité qui protège l’enfant ou le jeune.  

Comment rompre avec les exigences aujourd’hui élevées à la parentalité ?  

Le parent parfait n’existe pas et c’est tant mieux car c’est ce qui le rend humain. En revanche, il existe des exigences minimales du devoir parental. Quand les exigences ne peuvent pas être garanties, le parent responsable identifie le terreau qui manque et comment il peut l’amener. Dans des moments de fragilité, il peut faire appel à ses proches ou aux structures existantes telles que la DGEJ pour être secondé et aidé le temps qu’il sorte de son épuisement.

La société de consommation actuelle pousse les parents à la surstimulation pour élever nos enfants : ils doivent prendre des cours d’anglais, d’éveil musical, etc, avec cette impression qu’il faut consommer pour bien éduquer nos enfants et de leur faire faire tout le temps des choses. Les parents subissent en permanence cette pression de consommation pour « être de bons parents ». Mais c’est avant tout une stimulation relationnelle dont les enfants et adolescents ont besoin : nourrir le terreau familial, le vivre ensemble, partager les émotions, lire des histoire, aller se balader en forêt, etc.  Revenir au b.a.-ba des besoins de l’enfant, rester connecté à son ado malgré les turbulences. Dans nos consultations, nous travaillons à faire recirculer de l’amour dans les familles et ça commence par parler d’une qualité de son enfant ou juste trouver une heure par semaine pour partager quelque chose ensemble et avoir du plaisir pour chacun à être là.    

Département interdisciplinaire de la santé de l’adolescent (DISA)

La DISA est formée d’une équipe interdisciplinaire avec 25 collaborateurs. La mission de la Disa est de promouvoir la santé des adolescents en favorisant leur développement global, en cultivant leurs ressources, dans le respect des diversités. Elle offre également des prises en charge spécialisée telles que, troubles fonctionnels complexes, diversité du genre, troubles alimentaires, etc. La vision de la disa est une approche holistique et intégrée des soins, un partage d’expertise entre les professionnels et les familles. La prise en charge est centrée sur l’adolescent∙e et sa famille.   

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