Famille et Société

Mourir au début de la vie: quand la naissance et la mort d'un enfant surviennent

La perte d'un enfant pendant la grossesse, la naissance ou les premiers temps de sa vie a des répercussions profondes sur les parents, les frères et soeurs et les proches. Cette perte laisse de profondes cicatrices émotionnelles. Interview avec le centre de service spécialisé "Kindsverlust" à Berne qui apporte des réponses sur la mort périnatale.
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Zwei Hände, die eine Blume halten

Chaque année, plus de 700 enfants meurent en Suisse au cours de la deuxième moitié de la grossesse et à l'approche de la naissance : chaque jour, deux familles sont touchées par ce coup du sort. De plus, une grossesse sur trois ou quatre se termine par une fausse couche au cours des trois premiers mois ou lorsque les parents décident d'interrompre la grossesse. En Suisse, on estime que 20'000 femmes sont concernées chaque année. La mort périnatale est donc un sujet de société qui nous concerne tous. 

Anne Siegenthaler, vous êtes responsable des consultations pour le centre spécialisé "Kindsverlust" à Berne et êtes également sage-femme HES. Quand est-ce que pour les spécialistes la notion de " mort périnatale" intervient? 

Anne Siegenthaler: Cela dépend de la date de naissance de l'enfant. Avant la 22e semaine de grossesse révolue, on parle de fausse couche. On distingue alors une fausse couche précoce jusqu'à la 12ème semaine de grossesse d'une fausse couche tardive, entre la 12ème et la 22ème semaine de grossesse. Dans le monde, une femme sur dix subit une fausse couche au cours de sa vie. A partir de la 22ème semaine de grossesse, on parle d'enfant mort-né.  

Quelles sont les causes les plus fréquentes d'une mort périnatale?

Les causes possibles peuvent être les suivantes : au début de la grossesse, l'enfant peut présenter des anomalies qui ne lui permettent pas de vivre. Le corps réagit alors par une fausse couche précoce. Il s'agit généralement d'un processus naturel. Plus tard, au cours de la grossesse, des maladies graves de la femme, des malformations de l'utérus, des infections ou un stress prolongé et très éprouvant peuvent également entraîner une naissance prématurée.

Procéder à des examens et rechercher les causes possibles du décès peut être une décision très difficile à prendre pour les parents. Ils espèrent peut-être obtenir des réponses à la question "pourquoi ?". Ou souhaite obtenir un résultat clair qui pourrait être important s'ils souhaitent avoir d'autres enfants. Les parents ont aussi le droit de ne pas savoir ce qu'il s'est passé. Dans de très nombreux cas, malgré les examens de la mère et de l'enfant, il est très souvent impossible de trouver les causes de la mort de l'enfant.

Lorsque des parents apprennent pendant la grossesse que leur enfant à naître est déjà mort ou qu'il va mourir dans le ventre de sa mère ou peu après sa naissance, il s'agit de l'une des pires choses qui puissent arriver à des parents. Comment peuvent-ils faire face à cette réelle épreuve?

Pour les parents concernés, c'est un choc immense quand le diagnostic tombe: leur enfant est gravement malade, il va bientôt mourir ou il est déjà mort. Certains décrivent souvent cet état comme s'ils étaient "hors d'eux-mêmes". Nous recommandons donc aux parents de commencer par déterminer comment ils peuvent surmonter ce choc : De quoi ont-ils besoin pour reprendre pieds ? De quoi le couple a-t-il besoin pour se reconstruire ?

De nombreuses femmes décrivent l'annonce du diagnostic comme une rupture avec l'enfant à naître. Il s'agit de renforcer à nouveau le lien avec l'enfant décédé afin de reconstituer de manière autonome le temps passé ensemble en tant que famille.

Il s'agit de renforcer le lien avec l'enfant décédé afin de reconstituer de manière autonome le temps passé ensemble en tant que famille.  

Les stratégies pour sortir de cet état de choc et retrouver sa propre capacité d'action sont très diverses. Un soutien professionnel peut s'avérer très précieux et permet de donner une orientation pour le processus de deuil. 

Pour les parents, des décisions importantes doivent être prises concernant la naissance et l'enterrement. Comment les familles peuvent-elles faire leurs adieux ?

Faire ses adieux est très important. Mais pour que les adieux soient possibles, il faut d'abord accueillir l'enfant décédé.

Le réflexe de nombreuses personnes touchées est de vouloir en finir le plus rapidement possible avec cette situation inimaginable. Nous recommandons de prendre du temps. Les parents peuvent se demander : comment notre enfant doit-il venir au monde ? Qui de la famille et de l'entourage doit avoir la possibilité de faire sa connaissance ? De précieux souvenirs de l'enfant peuvent ainsi être créés, ils influenceront leur propre vie à long terme. Par exemple, il est possible d'emmener l'enfant à la maison. L'accueil et les adieux peuvent ainsi avoir lieu dans un environnement familier. Le temps passé ensemble avec l'enfant décédé est précieux et limité. Les parents peuvent prendre le temps de saluer leur enfant, de comprendre ce qui s'est passé, et de lui dire au revoir. Ainsi, toutes les étapes et décisions ultérieures importantes ne se précipitent pas.

Il est important que les parents prennent le temps de saluer leur enfant, de comprendre ce qu'il s'est passé et lui dire au revoir. 

L'enterrement de l'enfant est une étape supplémentaire et douloureuse pour de nombreux parents. C'est un adieu définitif au corps physique de l'enfant. En même temps, l'enterrement est un rituel important, il peut renforcer les liens entre les parents et leurs familles respectives. Les enfants décédés soumis à déclaration peuvent être incinérés ou enterrés. Il existe également des possibilités d'enterrement individuel pour les très jeunes enfants décédés, par exemple dans la nature.

Où les parents peuvent-ils trouver du soutien suite à la perte de leur enfant?

La première personne à contacter en cas de situation de crise aïgue est la sage-femme indépendante. Outre le suivi médical à l'hôpital ou au cabinet médical, elle accompagne la famille pendant la grossesse, lors de l'accouchement et ensuite à la maison. Cette prestation est prise en charge par l'assurance de base.  

Il existe également des offres de suivi plus poussées, comme des groupes de discussion pour les mères et les pères ou des offres spéciales de rééducation pour les mères ayant perdu un enfant. L'échange avec d'autres parents qui ont vécu une expérience similaire est décrite comme précieux par de nombreux parents touchés. Dans beaucoup de cliniques, il existe également des offres ciblées: par exemple, un accompagnement du deuil périnatale par une sage-femme spécialisée, un aumônier ou le soutien d'un service social pour les questions d'ordres juridiques et financières. 

Des souvenirs éternels pour les familles touchées

Les enfants décédés durant la grossesse, à la naissance ou peu après sont aussi appelés "étoiles" ou "anges".

L'association "Stärnechind", petite étoile en français, propose une boîte à souvenirs aux parents d'enfants décédés en phase périnatale ou prématurée. Avec cette boîte à souvenirs, elle veut aider les parents à atténuer, dans la mesure du possible, la solitude et leur désarroi.

L'association Herzensbilder (active en Suisse alémanique) offre aux familles concernées des photographies professionnelles afin qu'elles gardent un souvenir de l'enfant décédé prématurément.

Dans ces moments, le lien social est essentiel pour aider les parents à surmonter le deuil, mais souvent la perte d'un enfant provoque dans l'entourage un sentiment d'impuissance, de consternation et de détresse. L'entourage plus élargi de la famille, comme les collègues de travail ou d'autres proches ne savent pas comment aborder le sujet avec les parents orphelins. Comment cet entourage peut-il gérer cette situation et soutenir les parents? 

De nombreuses personnes se sentent dépassées, elles vont se comporter comme si rien ne s'était passé. Ne pas réagir peut toutefois blesser les parents. De même que des conseils ou des encouragements bien intentionnés peuvent également être blessants. Il est important que l'entourage considère le couple en tant que parents : leur poser des questions sur ce qu'ils ont vécu et sur l'enfant et les écouter sont les attitudes essentielles à avoir. L'incertitude et le désarroi de chacun peuvent aussi être abordés.

Il est important que l'entourage considère le couple comme des parents: leur poser des questions sur ce qu'ils ont vécu, sur l'enfant et les écouter sont les attitudes essentielles à avoir. 

L'entourage doit être conscient que suite à la mort d'un enfant les parents vont devoir débuter un deuil périnatal. Que l'enfant soit décédé au début de la grossesse ou peu avant ou après la naissance, les parents font leur deuil. Cette lourde perte est désormais au centre de leur vie pour une période prolongée. Il y aura toujours des moments difficiles pour les parents, par exemple les fêtes de famille, les anniversaires, l'entrée à l'école, au cours desquelles l'absence de l'enfant décéde sera plus douloureuse. Il est important de soutenir les parents dans ce processus de deuil.

La page web "A vous qui vivez la perte de votre bébé", des hôpitaux universitaires Genève (HUG) offre des informations complètes pour accompagner les parents touchés.

Dans le guide «Hilfreiches Verhalten im Umgang mit Eltern nach Kindsverlust» (Comportements utiles dans les relations avec les parents après la perte d'un enfant, disponible uniquement en allemand) du centre de service spécialisé kindsverlust.ch, des parents concernés ont écrit ce qui peut les aider ou les gêner durant le processus d'un deuil périnatal. 

S'il y a des frères et sœurs plus âgé(e)s dans la famille, ils/elles sont également doivent aussi faire le deuil de la petite sœur ou du petit frère décédé. Comment les parents peuvent-ils leur expliquer ce qui s'est passé de manière adaptée à leur âge et les accompagner dans leur deuil ?

Les parents ressentent une grande tristesse et se retrouvent en grande détresse lorsqu'ils perdent leur enfant. Souvent, ils souhaitent préserver leurs autres enfants plus âgés de ces sentiments. Ils craignent de surcharger leur enfant. Les enfants ont cependant une approche très naturelle des thèmes de la mort et du décès. Ils n'ont guère de craintes à ce sujet. Ils sont eux aussi un membre de la famille en deuil et doivent avoir la possibilité de comprendre ce qu'il se passe à ce moment-là. C'est pourquoi nous recommandons d'impliquer les frères et sœurs dans le processus de deuil. Ils doivent avoir la possibilité de faire leur deuil et de dire adieu à leur frère ou à leur sœur.

Les enfants de la fratrie doivent avoir la possibilité de faire leur deuil et de dire adieu à leur frère ou à leur soeur.  

Pendant la grossesse, de nombreux enfants ont déjà des idées concrètes de ce qu'ils souhaitent faire avec le petit frère ou la petite sœur, par exemple lui coiffer les cheveux ou lui offrir une peluche particulière. Il est précieux de leur donner la possibilité de faire connaissance avec l'enfant décédé et de leur offrir cette sollicitude. 

Dans l'article, Le deuil: parler de la mort aux enfants, vous trouverez des idées de rituels d'adieux et des conseils pour parler de la mort avec les enfants.

La brochure "A vous qui vivez la perte de votre bébé", des hôpitaux universitaires de Genève (HUG) propose d'accompagner les parents touchés et explique étape par étape les soutiens nécessaires et utiles dans le processus du deuil périnatal. 

La brochure disponible uniquement en allemand "Frères et soeurs en deuil - Orientation et soutien pour l'accompagnement des enfants lors du décès précoce d'un bébé", peut être commandée auprès du service spécialisé Kindsverlust. Elle fournit aux personnes concernées et à leurs proches des informations sur la manière de soutenir les enfants dans leur deuil et selon leur âge.  

Qu'est-ce qui est important pour que le couple puisse surmonter cette épreuve ?

Le deuil est très individuel. Chaque personne gère les coups du sort différemment. La perte de son propre enfant est un défi particulier pour les parents. Les hommes et les femmes font également leur deuil différemment. L'une des raisons de cette différence:  par exemple, la femme enceinte a pu établir une relation très physique avec l'enfant à naître. L'homme n'a pas ce lien physique en tant que père. Reconnaître ce fait peut déjà aider à favoriser la compréhension mutuelle.

Dans un couple, il est important de d'admettre une compréhension mutuelle. Chacun va faire comme il peut, avec des stratégies d'adaptation différentes. Dans cette période émotionnellement intense, les couples découvrent ce qui les unit, car l'enfant a fait d'eux des parents.

Questions juridiques sur la mort prénatale

Congé maternité et paternité

En Suisse, le congé maternité pour les femmes qui travaillent est de 14 semaines à 80% du revenu moyen de l'activité professionnelle avant la naissance. Le droit à l'indemnité est possible lorsqu'un enfant est né viable ou lorsque la grossesse a duré au moins 23 semaines (dès la 23ème semaine de grossesse). Si l'enfant est né avant la 23ème semaine de grossesse, la mère n'a légalement pas droit à un congé de maternité payé. Dans ce cas, il est recommandé de demander un certificat médical de maladie.

Si l'enfant a dû être hospitalisé pendant trois semaines ou plus après la naissance, la mère peut faire valoir que le congé de maternité n'est actif qu'après la sortie de l'hôpital.

Malheureusement, selon la législation actuelle, le droit à un congé de paternité payé prend fin si l'enfant décède avant ou pendant le congé de paternité. Afin que le père ne doive pas reprendre le travail immédiatement après le décès de l'enfant, un certificat médical de maladie ou un geste de complaisance de la part de l'employeur peut le soulager.

Pour plus d'informations détaillées: www.kindsverlust.ch

Prestations de l'assurance maladie

L'assurance de base obligatoire prend en charge tous les frais liés à une grossesse sans complications dès le premier jour de la grossesse, sans franchise ni quote-part, dans le cadre des "prestations particulières en cas de maternité". Les contrôles effectués pendant une grossesse à risque sont également pris en charge par l'assurance de base sans participation aux coûts.

La fausse couche précoce (dans les 12 premières semaines de la grossesse) ne relève malheureusement pas des "prestations particulières en cas de maternité", raison pour laquelle la participation aux coûts, la franchise et la quote-part restent à la charge de la femme. En cas de fausse couche précoce, cela peut donc entraîner des frais considérables qui ne sont que partiellement ou pas du tout pris en charge par la caisse de maladie. Différentes interventions politiques veulent enfin remédier à cette situation et ont déjà été adoptées par voie parlementaire. Malheureusement, le processus politique prend beaucoup de temps et il est donc actuellement impossible de savoir quand la modification de la loi sera disponible et mise en œuvre.

A partir de la 13e semaine de grossesse (=12 semaines de grossesse), pendant l'accouchement et jusqu'à huit semaines après l'accouchement, toutes les autres prestations en rapport avec une complication de la grossesse ou une maladie sont entièrement prises en charge par l'assurance de base, en plus des prestations particulières en cas de maternité. Les contrôles durant la grossesse suivante ainsi que l'accompagnement par une sage-femme en plus des contrôles médicaux sont également pris en charge.

Pour plus d'informations détaillées à ce sujet: www.kindsverlust.ch

Déclaration obligatoire

Il y a des enfants à déclarer et d'autres non. La déclaration obligatoire signifie que l'enfant est officiellement reconnu et enregistré en tant que personne. L'enfant est soumis à une déclaration obligatoire s'il :

  • est venu au monde vivant,
  • mort-né ou pesant au moins 500 g,
  • ou est mort-né à partir du début de la 23e semaine de grossesse (=22 semaines de grossesse).

Si l'enfant est soumis à la déclaration obligatoire, il est inscrit dans le registre de l'état civil et, pour les couples mariés, il y a une inscription dans le certificat de famille. Les droits et obligations funéraires de l'enfant sont les mêmes que ceux des adultes.

Si l'enfant n'est pas soumis à la déclaration obligatoire, les parents peuvent, s'ils le souhaitent, demander à l'office d'état civil d'enregistrer le nom et le prénom de l'enfant. Les enfants non soumis à la déclaration obligatoire peuvent être enterrés de différentes manières, selon la commune et les dispositions locales.

Pour plus d'informations détaillées à ce sujet: www.kindsverlust.ch

kindsverlust.ch est un centre de compétences pour un soutien durable en cas de décès d'un enfant pendant la grossesse, la naissance et les premières années de vie.

kindsverlust.ch propose :

  • des conseils gratuits pour les professionnels accompagnants et les familles concernées (plus d'infos sur le service de conseils)
  • des formations et des coachings pour les professionnels
  • Travail de sensibilisation à la perte précoce d'un enfant

L'accompagnement par un professionnel peut soutenir de façon utile et durable les parents après le décès de leur enfant. Vous trouverez ici l'offre actuelle de formation continue pour les professionnels. 

kindsverlust.ch propose un cours de base spécifique aux mères/pères concernés par la perte d'un enfant et qui accompagnent d'autres parents.

Service kindsverlust.ch, fachstelle@kindsverlust.ch, www.kindsverlust.ch, téléphone de conseil : +41 (0)31 333 33 60

En Suisse romande, le site internet "A vous qui vivez la perte de votre bébé" des hôpitaux universitaires de Genève (HUG) offre des consultations, ainsi qu'une liste de toutes les associations actives et de soutien en Suisse romande: contacts et téléphones utiles

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